{"id":684,"date":"2024-11-07T16:00:11","date_gmt":"2024-11-07T15:00:11","guid":{"rendered":"https:\/\/fomblard.fr\/?p=684"},"modified":"2024-11-14T14:48:03","modified_gmt":"2024-11-14T13:48:03","slug":"beaute-vie-bonne-communaute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/2024\/11\/07\/beaute-vie-bonne-communaute\/","title":{"rendered":"Beaut\u00e9, vie bonne, communaut\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Recension de&nbsp;<br>Riggle, N. (2022).&nbsp;<em>This beauty: A philosophy of being alive<\/em>. Hachette UK.<br>Riggle, N. (2024). Aesthetic Value and the Practice of Aesthetic Valuing. The Philosophical Review 133 (2):113\u2013149.<br><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le 2 septembre 2012 \u00e0 1h40 du matin, le rappeur Erwin McKiness twitta&nbsp; seulement:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p><em>Drunk af going 120 drifting corners <\/em><a href=\"https:\/\/x.com\/hashtag\/FuckIt?src=hashtag_click\"><em>#FuckIt<\/em><\/a><em> <\/em><strong><em>YOLO<\/em><\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Moins d\u2019une minute apr\u00e8s, il s\u2019\u00e9crasait contre un mur, tuant ses quatre\u00a0 passagers \u2013lui avec.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Son dernier mot, YOLO est l\u2019acronyme de You Only Live Once\u00a0: tu ne vis qu\u2019une fois. YOLO  est un hashtag qui fleurit depuis quelques ann\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux. YOLO est un cri de ralliement et une invitation \u00e0 profiter de la vie. YOLO sert \u00e0 justifier toutes sortes de prises de risque. Quel lien peut-il bien y avoir, cependant, entre ce truisme qu\u2019on ne vit qu\u2019une vie, l\u2019injonction \u00e0 en profiter et l\u2019envie de conduire ivre \u00e0 190 km\/h dans des virages serr\u00e9s\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier livre de Nick Riggle <em>This beauty<\/em> cherche \u00e0 d\u00e9terminer d\u2019o\u00f9 vient la valeur de nos vies. Cette question est pressante, selon lui, parce qu\u2019on n\u2019a pas choisi de vivre. Notre existence ne pr\u00e9suppose donc pas qu\u2019il est meilleur de vivre que de ne pas vivre. Riggle organise son enqu\u00eate autour de l\u2019interpr\u00e9tation de YOLO et d\u2019autres \u00ab&nbsp;imp\u00e9ratifs existentiels&nbsp;\u00bb (c\u2019est le nom qu\u2019il leur donne) plus \u00e9cul\u00e9s, comme \u00ab&nbsp;carpe diem&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;vis dans l\u2019instant&nbsp;\u00bb, qui visent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 nous faire mieux go\u00fbter la vie, mais dont l\u2019efficacit\u00e9 (quand ils sont efficaces) et le sens profond restent myst\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi YOLO inciterait-il \u00e0 profiter de la vie le plus possible\u00a0: le fait d\u2019avoir <em>une seule<\/em> machine \u00e0 pain, fait remarquer l\u2019auteur qui envisagea un temps de vivre comme un trappeur, n\u2019est pas une raison pour en profiter le plus possible en l\u2019utilisant tous les jours &#8212; s&#8217;il en avait eu deux aurait-il pu ne faire son pain qu&#8217;une fois par semaine. Et si l\u2019on n\u2019a qu\u2019une vie, pourquoi ne pas s\u2019enfermer dans un bunker pour minimiser les risques de la perdre\u00a0? Riggle d\u00e9construit pareillement le \u00ab\u00a0carpe diem\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0vis dans l\u2019instant\u00a0\u00bb. Le but de sa critique n\u2019est pas tant de nier que de tels imp\u00e9ratifs puissent quelquefois \u00eatre utiles et r\u00e9ellement pointer vers ce qui fait le suc de cette vie. Il entend plut\u00f4t montrer que la mani\u00e8re dont ces imp\u00e9ratifs fonctionnent, lorsqu\u2019ils fonctionnent, est beaucoup plus difficile \u00e0 comprendre qu\u2019il n\u2019appara\u00eet imm\u00e9diatement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>This beauty<\/em> s\u2019inscrit dans trois tendances philosophiques convergentes dont on mesure mal ici l\u2019ampleur. Je pense d\u2019abord au renouveau, outre-Atlantique, d\u2019essais philosophiques qui se r\u00e9approprient la question de la bonne vie, confisqu\u00e9e depuis longtemps par le d\u00e9veloppement personnel, les religions, quelques historiens de la philosophie grecque, diverses branches de la psychologie, et les coachs de tout poil. Les artisans de cette restauration sont tr\u00e8s souvent des universitaires et m\u00eame si leurs travaux s\u2019adressent \u00e0 un large public, ils sont directement li\u00e9s \u00e0 leurs articles de pointe publi\u00e9s dans les grandes revues de recherche. Je pense ensuite \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat grandissant des philosophes analytiques pour des <a href=\"https:\/\/www.berislavmarusic.org\/analytic-existentialism\">questions existentielles<\/a>. Je pense, enfin, \u00e0 ce que Kieran Setyia a appel\u00e9 le <a href=\"https:\/\/ksetiya.substack.com\/p\/the-confessional-turn\">tournant confessionnel<\/a> de la philosophie contemporaine, de nombreux chercheurs m\u00ealant des \u00e9l\u00e9ments biographiques et litt\u00e9raires \u00e0 leurs r\u00e9flexions th\u00e9oriques (d\u2019Edouard Louis \u00e0 Mona Chollet, ce tournant confessionnel a un <a href=\"https:\/\/lundi.am\/En-finir-le-nouvel-hygienisme-poetique\">pendant bien fran\u00e7ais<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00c0 quoi tient, selon Riggle, la valeur de cette vie que nous n\u2019avons pas choisie\u00a0? Par un cheminement extr\u00eamement fluide, qui m\u00eale, de mani\u00e8re souvent dr\u00f4le et parfois \u00e9mouvante, des \u00e9l\u00e9ments biographiques et argumentatifs, Riggle sugg\u00e8re que l\u2019interpr\u00e9tation la plus charitable des imp\u00e9ratifs existentiels classiques les comprend comme des invitations \u00e0 pr\u00eater attention aux aspects esth\u00e9tiques de ce qui nous entoure. L\u2019imp\u00e9ratif existentiel le plus clair serait ainsi, selon lui, le plus confidentiel \u00ab\u00a0que la beaut\u00e9 soit\u00a0!\u00a0\u00bb de Schiller. La valeur de cette vie consiste pour Riggle \u00e0 la beaut\u00e9 au sens large (qui inclut le sublime, le comique, le savoureux, le po\u00e9tique, etc.). Elle tient \u00e0 notre engagement esth\u00e9tique avec le monde. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9ponse n\u2019est pas nouvelle \u2013 Riggle l\u2019attribue \u00e0 Platon. Ses pr\u00e9c\u00e9dents ne devraient pas masquer pour autant la profonde originalit\u00e9 de Riggle. Par notre engagement esth\u00e9tique dans le monde, Riggle n\u2019entend pas seulement, en effet, l\u2019attention que l\u2019on porte aux propri\u00e9t\u00e9s esth\u00e9tiques et les exp\u00e9riences qui en r\u00e9sultent. Il entend aussi nos pratiques esth\u00e9tiques qui consistent \u00e0 partager (songez \u00e0 une recette ou \u00e0 une chanson que l\u2019on partage sur un r\u00e9seau social, \u00e0 un coucher de soleil que l\u2019on pointe du doigt \u00e0 un ami), \u00e0 s\u2019exprimer (songez \u00e0 nos exclamations, \u00e0 nos jugements esth\u00e9tiques ou m\u00eame \u00e0 notre habillement et notre coupe de cheveux) et \u00e0 imiter (songez \u00e0 la mani\u00e8re dont on peut vouloir dessiner les sc\u00e8nes que l\u2019on trouve belles, ou s\u2019inspirer des textes qu\u2019on admire). Ces pratiques sociales d\u2019expression de partage et d\u2019imitation, ont ceci de particulier qu\u2019elles sont guid\u00e9es \u00e0 la fois par une valorisation des <em>diff\u00e9rences individuelles<\/em>, et par une forme de <em>libert\u00e9<\/em> ou de <em>jeu<\/em> qui leur est propre et consiste \u00e0 s\u2019extraire des habitudes qui guident ordinairement nos actions pour r\u00e9agir de mani\u00e8re ouverte et originale. Elles nous permettent d\u2019\u00eatre plus sensibles \u00e0 notre environnement et d\u00e9pendent d&#8217;une forme de <em>communaut\u00e9 esth\u00e9tique<\/em>, communaut\u00e9 qui s\u2019\u00e9panouit non seulement dans le soutien mutuel, mais aussi, paradoxalement, dans l\u2019expression des diff\u00e9rences et des individualit\u00e9s. La bonne vie pour Riggle est esth\u00e9tique <em>et partant sociale<\/em>.  <\/p>\n\n\n\n<p>Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, Nick Riggle, qui a \u00e9t\u00e9 skater professionnel (on l\u2019imagine avec montrant une nouvelle figure aux skaters de sa bande) et membre d\u2019un groupe de rap avant de devenir professeur de philosophie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de San Diego, b\u00e2tit une \u0153uvre importante et d\u00e9sormais influente sur les aspects sociaux, communautaires et politiques de l\u2019esth\u00e9tique (cf. notamment son excellent <a href=\"https:\/\/www.penguinrandomhouse.com\/books\/550387\/on-being-awesome-by-nick-riggle\/\">On Being Awesome<\/a>). Il va ici (et <a href=\"https:\/\/philpapers.org\/archive\/RIGAVA.pdf\">dans un article r\u00e9cent<\/a> publi\u00e9 dans la selectissime <em>Philosohical Review<\/em>) jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9finir la beaut\u00e9 par ceux-ci. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Si je dis que A a de beaux yeux, quelqu&#8217;un peut me demander : que trouves-tu de beau \u00e0 ses yeux, et peut-\u00eatre r\u00e9pondrai-je : la forme en amande, les longs cils, les paupi\u00e8res d\u00e9licates. Qu&#8217;est-ce que ces yeux ont en commun avec une \u00e9glise gothique que je trouve belle aussi ? Devrais-je dire qu&#8217;ils me font une impression similaire ? Et si je disais que dans les deux cas ma main est tent\u00e9e de les dessiner ? Ce serait en tout cas une d\u00e9finition \u00e9troite du beau.<\/p>\n<cite>Wittgenstein, Le\u00e7ons et conversations sur l&#8217;esth\u00e9tique<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La plupart des modernes ont, depuis Hume caract\u00e9ris\u00e9 la beaut\u00e9 par une forme d&#8217;exp\u00e9rience subjective. En s&#8217;inspirant de cette remarque de Wittgenstein Riggle d\u00e9finit au contraire la beaut\u00e9 par un certain type d&#8217;activit\u00e9. Est beau, selon lui, tout ce qui permet de maintenir les pratiques sociales \u00e9valuatives guid\u00e9es par les valeurs du jeu et de l\u2019individualit\u00e9 que sont le partage, l\u2019imitation et l\u2019expression. Une telle conception de la beaut\u00e9 permet de rendre compte trivialement de nos constants &#8220;\u00e9changes esth\u00e9tiques&#8221;, lesquels restent difficiles \u00e0 expliquer pour ceux qui analysent la beaut\u00e9 en termes d\u2019exp\u00e9riences subjectives. Elle offre du reste une r\u00e9ponse profonde et originale \u00e0 la question \u201cqu\u2019est-ce qui fait la valeur de la beaut\u00e9?\u201d (qui fait la valeur de nos vies). Comme pour Schiller dont Riggle se revendique ouvertement, la beaut\u00e9 rel\u00e8ve en effet d\u2019un id\u00e9al \u00e9thique et politique. Les derniers chapitres de <em>This beauty<\/em> proposent ainsi un v\u00e9ritable vade-mecum pour l\u2019\u00e9panouissement de \u00ab\u00a0communaut\u00e9s esth\u00e9tiques\u00a0\u00bb. En perfectionnant notre commerce avec la beaut\u00e9, de telles communaut\u00e9s peuvent nous maintenir en contact, collectivement, avec les raisons d\u2019appr\u00e9cier cette vie \u00ab sauvage et pr\u00e9cieuse\u00a0\u00bb (Riggle reprend cette expression d\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres po\u00e8mes de la po\u00e9tesse am\u00e9ricaine <a href=\"https:\/\/lesdecouvreurs2.blogspot.com\/search\/label\/MARY%20OLIVER\">Mary Oliver<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>Contre Riggle, un croyant pourrait sans doute pr\u00e9tendre que la valeur de sa vie tient \u00e0 sa relation avec Dieu. Un philosophe ou un scientifique, \u00e0 sa recherche ou sa contemplation de la v\u00e9rit\u00e9. Un saint \u00e0 ses vertus, etc. La th\u00e9orie sociale de la beaut\u00e9 de Riggle, si elle est accept\u00e9e, permet cependant de r\u00e9pondre en partie \u00e0 ces objections. Puisqu\u2019elle compte comme beau tout ce qui promeut des pratiques sociales guid\u00e9es par le jeu et l\u2019individualit\u00e9, la th\u00e9orie de Riggle permet d\u2019affirmer que la vie du religieux, celle du scientifique, et plus encore celle du philosophe sont souvent (malgr\u00e9 qu\u2019ils en aient) partiellement d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la beaut\u00e9. Certains trouveront qu\u2019une telle r\u00e9ponse distord un peu trop notre concept ordinaire de beaut\u00e9 ou la valeur des vies religieuses, scientifiques, etc. Je la trouve quant \u00e0 moi fort plausible.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>BONUS 1. Le beau YOLO de Szymborska (Riggle cite un tr\u00e8s beau po\u00e8me de Mary Oliver sur le m\u00eame sujet, il omet la g\u00e9niale Szymborska).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>JAMAIS DEUX FOIS<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais rien n\u2019arrive deux fois,<\/p>\n\n\n\n<p>jamais rien ne se reproduit,<\/p>\n\n\n\n<p>nous sommes n\u00e9s sans bon usage<\/p>\n\n\n\n<p>et sans routine mourrons surpris.<\/p>\n\n\n\n<p>Serions-nous cancres les plus sots<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 l\u2019\u00e9cole de l\u2019univers,<\/p>\n\n\n\n<p>jamais nous ne redoublerons<\/p>\n\n\n\n<p>aucun \u00e9t\u00e9 aucun hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas un des jours ne se r\u00e9p\u00e8te<\/p>\n\n\n\n<p>pas une nuit pareille \u00e0 l\u2019autre,<\/p>\n\n\n\n<p>ni deux baisers tout identiques,<\/p>\n\n\n\n<p>ni deux regards de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier quand j\u2019entendis quelqu\u2019un<\/p>\n\n\n\n<p>dire ton nom \u00e0 haute voix,<\/p>\n\n\n\n<p>ce fut pour moi comme une rose<\/p>\n\n\n\n<p>par la crois\u00e9e tombant sur moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui nous \u00e9tions deux,<\/p>\n\n\n\n<p>mais j\u2019ai coll\u00e9 ma face au mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Rose? \u00c0 quoi ressemble une rose?<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce une fleur ou une pierre dure?<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourquoi donc, heure mauvaise,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ces peurs vaines te m\u00eales-tu?<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es l\u00e0 et dois passer,<\/p>\n\n\n\n<p>ce sera beau de n\u2019\u00eatre plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos sourires enlac\u00e9s,<\/p>\n\n\n\n<p>nous cherchons une entente s\u00fbre,<\/p>\n\n\n\n<p>malgr\u00e9 nos grandes diff\u00e9rences<\/p>\n\n\n\n<p>ainsi que deux gouttes d\u2019eau pure.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>BONUS 2. Pourquoi YOLO inciterait-il \u00e0 prendre des risques mortels&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>YOLO nous force \u00e0 consid\u00e9rer cette vie <em>qui ne se r\u00e9p\u00e9tera pas<\/em>, et ainsi<em> <\/em>notre mortalit\u00e9. Mais pour consid\u00e9rer sa mortalit\u00e9, il faut appr\u00e9hender sa vie de l\u2019ext\u00e9rieur, d\u2019un point de vue objectif. YOLO invite aussi \u00e0 consid\u00e9rer <em>cette vie<\/em> qui ne se r\u00e9p\u00e9tera pas, et ainsi ses exp\u00e9riences v\u00e9cues dans le pr\u00e9sent, pour ainsi dire, de l\u2019int\u00e9rieur. Or de l\u2019int\u00e9rieur je ne peux pas imaginer ne pas exister, et ma vie para\u00eet pour ainsi dire infinie. De l\u2019ext\u00e9rieur, au contraire, ma vie ne para\u00eet pas seulement mortelle et finie. Elle appara\u00eet quasi nulle, noy\u00e9e dans l&#8217;immensit\u00e9 du pass\u00e9 et du futur qui l\u2019enserrent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nulle, infini. Enti\u00e8rement vivante, toujours d\u00e9j\u00e0 presque morte. Nous n\u2019aimons pas ce genre de dissonance et nous t\u00e2chons de les \u00e9touffer. Nous d\u00e9testons les incertitudes et nous cherchons \u00e0 les r\u00e9soudre. Une bonne mani\u00e8re de proc\u00e9der, ici, est de tenter la mort. Sautons par-dessus le pr\u00e9cipice, on verra bien qui des deux voix \u2014 de celle qui gueulait \u00ab&nbsp;nulle&nbsp;\u00bb et de celle qui chantait \u00ab&nbsp;infinie&nbsp;\u00bb \u2014 avait raison.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nick Riggle se livre \u00e0 une enqu\u00eate sur la valeur de la vie dont l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9side autant dans la r\u00e9ponse qu\u2019il offre \u00e0 cette question, laquelle met en avant la beaut\u00e9, que par sa th\u00e9orie sociale de celle-ci, et la m\u00e9thode qu\u2019il adopte pour parvenir \u00e0 ses conclusions.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":685,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":false,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[2],"tags":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/9781541675506.webp","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paQFcA-b2","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/684"}],"collection":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=684"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/684\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":693,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/684\/revisions\/693"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}