{"id":450,"date":"2020-05-21T10:45:30","date_gmt":"2020-05-21T08:45:30","guid":{"rendered":"http:\/\/fomblard.fr\/?p=450"},"modified":"2020-05-30T15:26:13","modified_gmt":"2020-05-30T13:26:13","slug":"le-cosmos-des-brins-dherbe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/2020\/05\/21\/le-cosmos-des-brins-dherbe\/","title":{"rendered":"Le cosmos des brins d\u2019herbe"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align:right\"><\/p>\n\n\n\n<p>(Image : Anastylose 1, impression photographique sur toile, 150 x 150 cm, Ana\u00efs Gailhbaud\u00a9, 2017,&nbsp; <a href=\"http:\/\/www.valentinearmand.art\/\">valentinearmand.art<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:right\">L&#8217;Himalaya m&#8217;assomme. La temp\u00eate me fatigue. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:right\"> L&#8217;infini m&#8217;endort. Dieu est trop\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:right\">Paul Valery<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Je peux trouver une fleur comique, ses p\u00e9tales en cul de poule. Je peux m\u2019attendrir devant une loutre ronflant sur le ventre de sa m\u00e8re. Je peux trouver beau un champ de boue que le soleil plaque d\u2019or comme une gourmette. Je peux avoir l\u2019agr\u00e9able impression d\u2019appartenir \u00e0 la Terre quand je la sillonne en suant. Je peux manger \u00e0 quatre pattes des fraises des bois dans les fumets d\u2019un basilic en fleur. Je peux me r\u00e9jouir de contenir , modeler, ou battre \u00e0 plate couture les \u00e9l\u00e9ments f\u00e9roces autour de moi. Je peux trembler de peur sur un pont suspendu entre deux grandes falaises.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les exp\u00e9riences que l\u2019on \u00e9prouve face \u00e0 la nature ou au sein de celle-ci, il en est une qui sort un peu du lot, ne serait-ce que par son caract\u00e8re paradoxal et son apparente valeur m\u00e9taphysique, c\u2019est-\u00e0-dire sa capacit\u00e9 \u00e0 nous r\u00e9v\u00e9ler notre place dans le cosmos. Il s\u2019agit de l\u2019exp\u00e9rience du sublime.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience du sublime a \u00e9t\u00e9 diversement d\u00e9crite, mais elle implique au minimum quatre \u00e9l\u00e9ments qui en font, pour ainsi, dire une \u00e9preuve de v\u00e9rit\u00e9 cosmique.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>1. Objet naturel. Il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9rience qu\u2019on \u00e9prouve d\u2019abord et typiquement face \u00e0 la nature (par \u00abnature\u00bb, j\u2019entends ici simplement tout ce qui est non humain). Peut-\u00eatre peut-on l\u2019\u00e9prouver aussi face \u00e0 des artefacts et en particulier des oeuvres d\u2019art, mais ce n\u2019est pas compl\u00e8tement \u00e9vident (selon certains les oeuvres d\u2019art dites sublimes repr\u00e9sentent le sentiment du sublime plus qu\u2019elles ne l\u2019expriment<a href=\"#fn1\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/li><li>2. Humilit\u00e9. Il s\u2019agit aussi d\u2019une exp\u00e9rience dont le sujet se sent de quelque mani\u00e8re humili\u00e9 (rappel\u00e9 \u00e0 son humilit\u00e9), abaiss\u00e9, menac\u00e9, ni\u00e9, voire m\u00eame an\u00e9anti.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de ce sentiment d\u2019abaissement ou de n\u00e9gation de soi, cette exp\u00e9rience est positive et on la recherche volontiers, car :<\/p>\n\n\n\n<ul><li>3. Plaisir m\u00eal\u00e9. L\u2019abaissement de soi est associ\u00e9 \u00e0 un sentiment plaisant qui la compense au moins en partie.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>4. V\u00e9rit\u00e9 cosmique. Mais aussi, car cette exp\u00e9rience ambivalente permet d\u2019appr\u00e9hender une v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9taphysique difficile \u00e0 saisir autrement, et qui concerne notre place dans le cosmos (par cosmos j\u2019entends tout ce qui existe).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>On pourrait discuter les d\u00e9tails de cette d\u00e9finition. Il existe de nombreuses th\u00e9ories du sublime dans la litt\u00e9rature, dont certaines sont probablement incompatibles avec (1-4). (1-3) me semblent cependant quasi universellement accept\u00e9s. 4 est plus pol\u00e9mique, et peut \u00eatre affine \u00e0 la conception moderne du sublime. On pourra cependant faire valoir, face \u00e0 quelqu\u2019un qui met cette clause en doute, que le pseudo-Longin pr\u00e9sentait d\u00e9j\u00e0 son trait\u00e9 sur le sujet (qui date du premier si\u00e8cle de notre \u00e8re), le sublime comme un moyen d\u2019\u00e9dification m\u00e9taphysique, un moyen susceptible de nous r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 nous-m\u00eames notre \u00abgrandeur d\u2019\u00e2me\u00bb et ainsi, au moins indirectement, de nous assigner une place plus juste dans le cosmos. Cette valeur m\u00e9taphysique fait partie des raisons pour lesquelles le sublime est devenu si important philosophiquement chez les modernes. Quitte \u00e0 perdre un petit peu en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, on peut par ailleurs stipuler qu\u2019on ne s\u2019int\u00e9ressera ici, quoi qu\u2019il en soit, qu\u2019\u00e0 ce sublime \u00e9difiant, ce sublime susceptible de nous situer vis-\u00e0-vis de la nature, dans le cosmos<a href=\"#fn2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"le-sublime-classique-et-la-dialectique-du-roseau-de-pascal\">Le sublime classique et la dialectique du roseau de Pascal<\/h1>\n\n\n\n<p>M\u00eame si on en trouve les lin\u00e9aments chez des penseurs qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 (de Hume \u00e0 Burke et Baillie), la th\u00e9orie classique la plus achev\u00e9e de ce sublime \u00e9difiant peut sans doute \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 Kant. \u00c0 tr\u00e8s gros traits, on peut dire que celui-ci pr\u00e9sente l\u2019exp\u00e9rience de sublime comme l\u2019issue d\u2019une sorte de dialectique du d\u00e9passement de la nature par l\u2019homme, dialectique que l\u2019on peut appeler, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Pascal, et en premi\u00e8re instance, \u00abla dialectique du roseau pensant\u00bb<a href=\"#fn3\"><sup>3<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>L\u2019homme n\u2019est qu\u2019un roseau, le plus faible de la nature; mais c\u2019est un roseau pensant. Il ne faut pas que l\u2019univers entier s\u2019arme pour l\u2019\u00e9craser&nbsp;: une vapeur, une goutte d\u2019eau suffit pour le tuer. Mais, quand l\u2019univers l\u2019\u00e9craserait, l\u2019homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu\u2019il sait qu\u2019il meurt, et l\u2019avantage que l\u2019univers a sur lui, l\u2019univers n\u2019en sait rien (Pascal 1976, sec. 347).<\/p><p>(&#8230;)<\/p><p>(&#8230;)&nbsp;par l\u2019espace, l\u2019univers me comprend et m\u2019engloutit comme un point&nbsp;; par la pens\u00e9e, je le comprends (Pascal 1976, sec. 348).&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>En s\u2019appuyant sur cette dialectique du roseau pensant, la th\u00e9orie classique du sublime pr\u00e9cise ainsi les quatre conditions isol\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment :<\/p>\n\n\n\n<ol><li>L\u2019objet du sublime serait, tout d\u2019abord, restreint \u00e0 l\u2019immense, l\u2019\u00e9norme ou l\u2019incompr\u00e9hensible, \u00e0 ce qui dans la nature <em>semble nous d\u00e9passer<\/em>. On \u00e9prouverait ainsi le sentiment du sublime en \u00e9tant confront\u00e9 \u00e0 une montagne ou le ciel \u00e9toil\u00e9, une terrible cataracte, une temp\u00eate ou un fauve d\u00e9cha\u00een\u00e9, etc. Pas devant un virus observ\u00e9 au microscope (m\u00eame si celui-ci nous menace bien plus qu\u2019une temp\u00eate). Encore moins devant une pauvre brindille bringuebal\u00e9e par les vell\u00e9it\u00e9s d\u2019un vent l\u00e9ger.<\/li><li>Le sentiment d\u2019humiliation serait ainsi, simplement, celui d\u2019\u00eatre ainsi, dans cette confrontation avec la nature, d\u00e9pass\u00e9 par celle-ci.<\/li><li>Le plaisir m\u00eal\u00e9 viendrait de ce que m\u00eame si l\u2019on se sent d\u2019abord d\u00e9pass\u00e9, on r\u00e9aliserait, au moins dans un second temps et par le biais de cette confrontation, que gr\u00e2ce \u00e0 certains de nos traits humains, on d\u00e9passe en fait largement la nature, aussi immense ou aussi \u00e9norme soit-elle.<\/li><li>La v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9taphysique qui nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience du sublime serait que notre insignifiance cosmique (\u00e0 nous les humains) n\u2019est apparente. Nous, notre \u00e2me, notre raison ou notre libert\u00e9&#8230; on explose tout en r\u00e9alit\u00e9.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>On pourrait, selon cette th\u00e9orie classique, se figurer l\u2019exp\u00e9rience du sublime comme une sorte match de boxe ou de catch (apr\u00e8s tout c\u2019est tr\u00e8s chiqu\u00e9 le sublime, on ne risque rien pour l\u2019\u00e9prouver et lorsqu\u2019on est r\u00e9ellement menac\u00e9 par la nature, c\u2019est de la peur que l\u2019on \u00e9prouve, pas du sublime), de boxe ou de catch esth\u00e9tique opposant un gringalet rationnel, moral, pensant, libre et tout, aux grands et gros muscles saillants d\u2019un terrible sommet enneig\u00e9 lac\u00e9r\u00e9 par la foudre. Le gringalet se ferait d\u00e9gommer aux premiers rounds en n\u2019ayant recours qu\u2019\u00e0 ses sens et \u00e0 ce qui d\u00e9pend d\u2019eux, comme l\u2019imagination, mais il reprendrait confiance en r\u00e9alisant qu\u2019il a un truc super, une botte s\u00e9cr\u00e8te que le sommet n\u2019a pas et qui d\u00e9passe de loin la puissance de ses sens et de ce qui d\u00e9pend d\u2019eaux (typiquement la raison, la morale, la libert\u00e9, etc., mais vous pourriez choisir une autre apparente particularit\u00e9 humaine, comme la conscience de la mort, ou une vie plus vivante, etc.) et gr\u00e2ce \u00e0 ce truc super, il se rel\u00e8verait au milieu du dernier round pour coller une bonne racl\u00e9e abstraite \u00e0 son fruste adversaire enrubann\u00e9 d\u2019\u00e9clairs. L\u2019exp\u00e9rience du sublime serait ainsi l\u2019occasion de sentir litt\u00e9ralement notre sup\u00e9riorit\u00e9 et la grandeur de notre \u00e2me, comme on sent sa force et son effort payer dans un bras de fer qui tourne bien. Et plus l\u2019adversaire serait imposant, plus la victoire serait r\u00e9v\u00e9latrice et gratifiante.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"critique-du-sublime-classique\">Critique du sublime classique<\/h1>\n\n\n\n<p>Je ne veux pas nier que cette th\u00e9orie classique d\u00e9crive ad\u00e9quatement certaines exp\u00e9riences de la nature. Je ne pense pas qu\u2019elle caract\u00e9rise correctement l\u2019exp\u00e9rience du sublime ou \u00e0 tout le moins, pas celle du \u00ab&nbsp;sublime \u00e9difiant&nbsp;\u00bb, pas celle du sublime, autrement dit, si tant est que celui-ci doive nous r\u00e9v\u00e9ler une <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em> m\u00e9taphysique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, le sublime classique d\u00e9pend de l\u2019id\u00e9e que notre importance cosmique est menac\u00e9e par l\u2019immensit\u00e9 de la nature, mais qu\u2019elle est sauv\u00e9e par le fait que nous poss\u00e9dons quelque chose (pens\u00e9e, raison, libert\u00e9, conscience, morale, etc.) qui fait de nous une classe \u00e0 part. Or comme le remarque la po\u00e9tesse polonaise, pour qu\u2019une telle particularit\u00e9 puisse sauver notre importance il faut qu\u2019elle soit rare et ne pousse pas dans toutes les banlieues de l\u2019Univers comme du chiendent ou des arbres \u00e0 guignes.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Tant que rien n\u2019est vraiment certain<br>\n(aucun signal n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 capt\u00e9),<\/p><p>Tant que la terre est toujours diff\u00e9rente<br>\nDes plan\u00e8tes proches ou lointaines,<\/p><p>Tant qu\u2019il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019une trace<br>\nd\u2019autres herbes rehauss\u00e9es par d\u2019autres vents,<br>\nd\u2019autres cimes portant d\u2019autres couronnes,<br>\net d\u2019animaux comme les n\u00f4tres aux pieds sur terre,<\/p><p>Tant que seul l\u2019\u00e9cho local<br>\nest connu pour parler en syllabes<\/p><p>Tant que nous n\u2019avons eu mot<br>\nde meilleurs ou de pires Mozarts,<br>\nPlatons, Edisons, ailleurs,<\/p><p>Tant que nos crimes inhumains<br>\nne rivalisent qu\u2019entre eux,<\/p><p>Tant que notre esp\u00e8ce de bont\u00e9<br>\nest encore incomparable<br>\nsans \u00e9gale m\u00eame dans son imperfection<\/p><p>Tant que nos t\u00eates remplies d\u2019illusions<br>\npassent encore pour les seules t\u00eates ainsi remplies<\/p><p>Tant que nos palais seuls<br>\n\u00e9l\u00e8vent encore des voix vers les vo\u00fbtes c\u00e9lestes<\/p><p>Agissons comme des invit\u00e9s d\u2019honneur tr\u00e8s sp\u00e9ciaux<br>\nau bal des pompiers du quartier,<br>\ndansons au rythme de la fanfare locale,<br>\net faisons comme si c\u2019\u00e9tait le bal,<br>\nde tous bals.<\/p><p>Je ne peux pas dire pour vous<br>\nmais pour moi c\u2019est assez de mis\u00e8res et bonheur<\/p><p>Ce bras mort<br>\no\u00f9 les \u00e9toiles saluent<br>\nen nous faisant des clins d\u2019\u0153il<br>\ninvolontaires.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Wislawa Szymborska (traduction personnelle \u00e0 partit de Szymborska (2015))<\/p>\n\n\n\n<p>Or il est presque certain, malheureusement, que cette chose cens\u00e9e nous particulariser est d\u2019une banalit\u00e9 affligeante dans le cosmos, et qu\u2019elle ne permet pas de d\u00e9passer grand-chose dans la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut avoir l\u2019imagination bien myope ou petitement chauvine, pour, en contemplant la nuit \u00e9toil\u00e9e, ne pas consid\u00e9rer qu\u2019il existe dans le ciel et bien au-del\u00e0 de lui, des infinit\u00e9s de mondes pas moins r\u00e9els ou moins centraux que le n\u00f4tre, contenant des infinit\u00e9s d\u2019\u00eatres au moins aussi rationnels, moraux, au moins aussi tout ce que vous voudrez que nous. Or, en vertu de ces infinit\u00e9s, m\u00eame si nous sommes super chouettes, super pensants, super libres et moraux, etc. nous ne comptons pour rien dans le grand sch\u00e8me des choses. Nous sommes trop dilu\u00e9s. Quelques-uns rapport\u00e9s \u00e0 l\u2019infini du grand tout. Peanuts en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, m\u00eame si, pour prendre un exemple kantien, gr\u00e2ce \u00e0 la pens\u00e9e rationnelle, nous pouvons litt\u00e9ralement transcender (et peut-\u00eatre m\u00eame comprendre) le ciel \u00e9toil\u00e9 qui d\u00e9passe pourtant les capacit\u00e9s de nos sens, il y a presque certainement des mondes qui nous resteront \u00e0 jamais ferm\u00e9s \u2014 des mondes infiniment complexes contenant des formes de vie impensables \u2014 vers lesquels on ne peut que maladroitement pointer et dont on ne pourra pas se dire qu\u2019on les d\u00e9passe. On pr\u00e9tendra que le sublime peut d\u00e9j\u00e0 m\u2019apprendre que je d\u00e9passe la montagne ou l\u2019orage, ou la portion visible du ciel \u00e9toil\u00e9. Mais c\u2019est une maigre consolation, et pas un motif de plaisir, si la montagne, l\u2019orage ou la portion visible du ciel sont, au fond, totalement insignifiants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quels mondes je pense, demandera-t-on ? Aux mondes possibles, dont les plus simples sont sommairement d\u00e9crits par nos fictions et auxquels \u2014 je vous jure, si on n\u2019y r\u00e9fl\u00e9chit bien, demandez \u00e0 David Lewis et \u00e0 son grand oeuvre de 1986 <em>De la pluralit\u00e9 des mondes<\/em> \u2014 il serait injuste de refuser la r\u00e9alit\u00e9. Aux multiples multivers postul\u00e9s par les sciences modernes, ou m\u00eame, si vous \u00eates un peu contraints par une forme d\u2019esprit de clocher cosmique, aux chapelets d\u2019exoplan\u00e8tes que l\u2019on soup\u00e7onnait depuis longtemps et que l\u2019on d\u00e9couvre chaque jour, et m\u00eame aux mondes simul\u00e9s qu\u2019impl\u00e9mentent vraisemblablement leurs habitants les plus avanc\u00e9s<a href=\"#fn4\"><sup>4<\/sup><\/a>. Ces kyrielles d\u2019univers parall\u00e8les qui apparaissent du grand bout de la lorgnette impliquent que nous n\u2019avons pas r\u00e9ellement d\u2019importance vis-\u00e0-vis de la nature, et que le sentiment du sublime, s\u2019il \u00e9tait tel que Kant le d\u00e9crit, serait tout simplement trompeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, et ind\u00e9pendamment du point pr\u00e9c\u00e9dent, si le sentiment sublime \u00e9tait bien ainsi, il ne serait pas seulement trompeur, il serait aussi vil. Au contraire de ce qu\u2019ont suppos\u00e9 bien des th\u00e9oriciens du sublime, ce sentiment, ne nous \u00e9l\u00e8verait pas moralement. Il nous abaisserait. Pour qu\u2019une confrontation avec quelque chose ou quelqu\u2019un soit gratifiante, il faut que cette chose ou cette personne soit pugnace, agressive, ou \u00e0 tout le moins, authentiquement mena\u00e7ante. La nature, c\u2019est vrai, a longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite en ces termes. Bacon la pr\u00e9sente par exemple tour \u00e0 tour comme un empire \u00e0 conqu\u00e9rir, une b\u00eate \u00e0 soumettre, un ennemi \u00e0 torturer pour qu\u2019il nous r\u00e9v\u00e8le ses secrets et qu\u2019il soit, dit-il dans le Novum Organum, \u00abavec tous ses enfants (sic), enfin r\u00e9duits \u00e0 l\u2019esclave\u00bb<a href=\"#fn5\"><sup>5<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019influence grandissante de l\u2019\u00e9thique environnementaliste et de l\u2019\u00e9cologie profonde, coupl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9vidence contemporaine de la fragilit\u00e9 (de la portion environnante) de la nature nous emp\u00eachent, je pense, de consid\u00e9rer aujourd\u2019hui celle-ci comme une ennemie, o\u00f9 m\u00eame, simplement comme une entit\u00e9 que l\u2019on pourrait se targuer de combattre et de dominer<a href=\"#fn6\"><sup>6<\/sup><\/a>. Imaginez attaquer un g\u00e9ant r\u00eaveur et totalement absent, qui ne vous veut aucun mal et ne se d\u00e9fend pas, imaginez vous vanter de l\u2019avoir estropi\u00e9 ou m\u00eame battu&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, je crois qu\u2019on peut \u00e9prouver un v\u00e9ritable sentiment du sublime face \u00e0 des objets qui ne sont ni \u00e9normes ni immenses. Un arbre. Peut-\u00eatre une brindille. Un caillou. Des choses petites ou pas bien grosses. Et pas franchement mena\u00e7antes pour peu qu\u2019elles soient sauvages et se moquent bien de nous.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"un-sublime-pour-notre-\u00e9poque\">Un sublime pour notre \u00e9poque<\/h1>\n\n\n\n<p>Les exp\u00e9riences auxquelles je pense reposent sur l\u2019appr\u00e9hension d\u2019un trait qu\u2019il semble plus facile d\u2019attribuer aujourd\u2019hui \u00e0 la nature que son caract\u00e8re agonistique, \u00e0 savoir son indiff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019indiff\u00e9rence de la nature n\u2019est peut-\u00eatre pas totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains replis de la th\u00e9orie classique du sublime<a href=\"#fn7\"><sup>7<\/sup><\/a>. M\u00eame s\u2019il ne se d\u00e9gage pas compl\u00e8tement de l\u2019id\u00e9e classique d\u2019une <em>confrontation<\/em> sublime avec la nature, et cherche vraisemblablement \u00e0 rendre sa th\u00e9orie acceptable par un kantien, Schopenhauer a par exemple d\u00e9crit un authentique sublime de l\u2019indiff\u00e9rence<a href=\"#fn8\"><sup>8<\/sup><\/a>:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Quant \u00e0 l\u2019individu, pour [la nature] il ne compte pas, il ne peut pas compter : n\u2019a-t-elle pas devant elle cette triple infinit\u00e9, le temps, l\u2019espace, le nombre des individus possibles ? Aussi elle n\u2019h\u00e9site point \u00e0 laisser dispara\u00eetre l\u2019individu ; ce ne sont pas seulement les mille p\u00e9rils de la vie courante, les accidents les plus minimes, qui le menacent de mort : il y est vou\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine, et la nature l\u2019y conduit elle-m\u00eame, d\u00e8s qu\u2019il a servi \u00e0 la conservation de l\u2019esp\u00e8ce. Tout na\u00efvement, elle nous d\u00e9clare ainsi la grande v\u00e9rit\u00e9 : que les Id\u00e9es seules, non les individus, ont une r\u00e9alit\u00e9 propre, puisqu\u2019elles seules sont une v\u00e9ritable r\u00e9alisation objective de la volont\u00e9. Or l\u2019homme, c\u2019est la nature, la nature arriv\u00e9e au plus haut degr\u00e9 de la conscience de soi-m\u00eame ; si donc la nature n\u2019est que l\u2019aspect objectif de la volont\u00e9 de vivre, l\u2019homme, une fois bien \u00e9tabli dans cette conviction, peut \u00e0 bon droit se trouver tout consol\u00e9 de sa mort et de celle de ses amis : il n\u2019a qu\u2019\u00e0 jeter un coup d\u2019\u0153il sur l\u2019immortelle nature : cette nature, au fond, c\u2019est lui. Voil\u00e0 donc ce que veulent dire et Schiwa avec son lingam, et les tombeaux antiques avec leurs images de la vie dans toute son ardeur : ils crient au spectateur qui se plaint : \u00abNatura non contristatur \u00bb [La nature ignore l\u2019affliction.]. Doute-t-on encore que la g\u00e9n\u00e9ration et la mort ne doivent \u00eatre \u00e0 nos yeux qu\u2019un accident de la vie, accident propre \u00e0 cette manifestation de la volont\u00e9, \u00e0 elle seulement ? voici une nouvelle preuve : c\u2019est que l\u2019une et l\u2019autre sont simplement le mouvement m\u00eame dont la vie est toute faite, mais \u00e9lev\u00e9 \u00e0 une puissance sup\u00e9rieure. Qu\u2019est-ce en fin de compte que la vie ? un flux perp\u00e9tuel de la mati\u00e8re, \u00e0 travers une forme qui demeure invariable : de m\u00eame l\u2019individu passe, et l\u2019esp\u00e8ce ne passe pas (Schopenhauer 2003 I, \u00a7 54).<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Selon Schopenhauer, dans l\u2019exp\u00e9rience du sublime j\u2019aurais d\u2019abord l\u2019impression que moi, l\u2019individu AB, je ne suis rien \u00ab&nbsp;aux yeux&nbsp;&nbsp;de la nature \u00bb, et ce pas seulement en vertu de son immensit\u00e9, mais aussi en vertu de son indiff\u00e9rence (elle ne s\u2019afflige pas, ma mort ne compte pas pour elle, etc.). Pourquoi cette impression serait-elle d\u00e9plaisante ? Parce que, je donnerais, par le biais de cette exp\u00e9rience, un certain cr\u00e9dit \u00e0 ce point de vue de la nature, je l\u2019emprunterais, pour ainsi dire, et parce qu\u2019il me semblerait, ainsi, et au moins pour un moment, que ce point de vue est le bon et partant que je ne compte en effet pour rien. D\u2019o\u00f9 viendrait, dans ce cas le plaisir m\u00eal\u00e9 du sublime ? Il viendrait, selon Schopenhauer, du fait qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de cet emprunt du point de vue de la nature, je m\u2019identifierais v\u00e9ritablement \u00e0 elle et \u00e0 son \u00e9quanime infinit\u00e9, me mettant un instant \u00e0 distance de l\u2019individu que je semble \u00eatre. Vous vous en souvenez, l\u2019exp\u00e9rience du sublime est cens\u00e9e \u00eatre une exp\u00e9rience \u00e9difiante, une exp\u00e9rience qui a une valeur m\u00e9taphysique. Ce point est particuli\u00e8rement important pour Schopenhauer, qui consid\u00e8re que ce que j\u2019apprends par le biais cette exp\u00e9rience esth\u00e9tique c\u2019est que je suis effectivement identique \u00e0 la nature. Je ne suis pas un individu s\u00e9par\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse schopenhauerienne du sublime de l\u2019indiff\u00e9rence est tributaire de son \u00e9trange m\u00e9taphysique, et elle peut sembler incompr\u00e9hensible au profane. Schopenhauer maintient en effet que tous les individus sont identiques entre eux et identiques \u00e0 la nature. Il affirme \u00e9galement que le point de vue de la nature peut \u00eatre con\u00e7u comme le point de vue le plus objectif qui soit, celui de \u00ab&nbsp;l\u2019oeil unique du monde&nbsp;\u00bb qui nous r\u00e9v\u00e8le la nature profonde des choses. Je pense cependant qu\u2019on peut extraire de cette analyse une th\u00e9orie plus neutre m\u00e9taphysiquement et partant plus plausible. Cette th\u00e9orie conserve deux points d\u00e9cisifs de l\u2019analyse schopenhauerienne : l\u2019id\u00e9e d\u2019un sublime de l\u2019indiff\u00e9rence, et le r\u00f4le de ce qu\u2019on peut appeler l\u2019empathie pour la nature \u2014 l\u2019emprunt de sont \u00ab&nbsp;point de vue&nbsp;\u00bb \u2014 dans l\u2019explication du plaisir et du d\u00e9plaisir m\u00eal\u00e9s dans le sublime<a href=\"#fn9\"><sup>9<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-1024x1024.jpg\" alt=\"\" data-id=\"455\" data-link=\"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/2020\/05\/21\/le-cosmos-des-brins-dherbe\/cime-pour-site-alex-2\/\" class=\"wp-image-455\" srcset=\"https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-150x150.jpg 150w, https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-300x300.jpg 300w, https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-768x768.jpg 768w, https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-500x500.jpg 500w, https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2-1000x1000.jpg 1000w, https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2.jpg 1772w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption> impression photographique sur toile, 150 x 150 cm, Ana\u00efs Gailhbaud\u00a9, 2017,\u00a0 <a href=\"http:\/\/valentinearmand.art\">http:\/\/valentinearmand.art<\/a><\/figcaption><\/figure><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Que se passe-t-il lorsque je trouve un arbre sublime ? De mon point de vue subjectif, le monde semble centr\u00e9 sur moi. Il semble centr\u00e9 sur moi spatialement (ce qui est \u00e0 gauche de moi me semble \u00e0 gauche tout court, ce qui est devant moi&#8230;), mais aussi, pour ainsi dire, axiologquement : ce qui me semble compter pour moi me semble compter tout court. C\u2019est de ce point de vue que je pars, lorsque je tombe au d\u00e9tour d\u2019un chemin \u2014 ta tata ! \u2014 sur un arbre, que pour une raison ou pour une autre je commence \u00e0 contempler. Celui-ci, cela me frappe, semble absolument indiff\u00e9rent \u00e0 mon existence. Ce qui m\u2019arrive \u00e0 moi ne compte, semble-t-il, aucunement pour lui. Mais il est aussi indiff\u00e9rent en un sens plus radical. Rien en lui, s\u2019il est sauvage, ne renvoie de quelque mani\u00e8re \u00e0 moi et aux miens. Je sais par ailleurs qu\u2019il n\u2019y a pas de finalit\u00e9 dans la nature et que m\u00eame d\u2019un point de vue plus global, son existence ne nous doit rien : Dieu n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 les arbres pour notre agr\u00e9ment. Cet arbre n\u2019a, pour le dire simplement, aucun sens. Il r\u00e9pond d\u2019un beau rien \u2014 un rien, pas un silence \u2014 \u00e0 la question pourquoi ?. Malgr\u00e9 cette indiff\u00e9rence radicale, quelque chose, peut-\u00eatre l\u2019intuition confuse qu\u2019il est vivant malgr\u00e9 tout, peut-\u00eatre sa beaut\u00e9, me pousse cependant \u00e0 tenter me de mettre \u00e0 sa place : \u00e0, sans ventriloquie ni anthropomorphisme, adopter son point de vue d\u2019arbre plein de branches. L\u2019arbre \u00e9tant indiff\u00e9rent \u00e0 moi, de son point de je ne compte pas. Rien de ce qui compte pour moi, AB, ne compte de ce point de vue. AB n\u2019est pas au centre. D\u2019o\u00f9 le d\u00e9plaisir. Quant au plaisir m\u00eal\u00e9, il vient, je pense, du caract\u00e8re paradoxal de l\u2019empathie. Car au moment m\u00eame o\u00f9 je prends le point de vue de l\u2019arbre, je m\u2019identifie \u00e0 celui-ci et ainsi, d\u2019une certaine mani\u00e8re je prends part \u00e0 son indiff\u00e9rence et je me d\u00e9barrasse du souci que poss\u00e8de AB de ne pas \u00eatre rien. Par ailleurs, en empruntant le point de vue de l\u2019arbre, en fraternisant pour ainsi dire avec ce bel ahuri, je m\u2019agrandis en quelque sorte et je peux donc me sentir, pour ainsi dire, \u00ab&nbsp;central en lui&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai dit que l\u2019on pouvait \u00e9prouver cette exp\u00e9rience sublime devant des objets qui ne sont pas \u00e9normes, comme un arbre, et m\u00eame devant de petits objets, comme une brindille. La th\u00e9orie que je viens de pr\u00e9senter permet cependant de comprendre pourquoi il est peut-\u00eatre plus facile, pour certains, d\u2019\u00e9prouver l\u2019exp\u00e9rience que j\u2019ai d\u00e9crite devant des choses tr\u00e8s grande est tr\u00e8s impressionnantes. L\u2019effet paradoxalement abaissant et grandissant de l\u2019empathie ne d\u00e9pend pas, en th\u00e9orie, de la taille de son objet, mais seulement de l\u2019indiff\u00e9rence et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de celui-ci. Il est plausible, cependant, que pour adopter le point de vue d\u2019un objet, il me faille simuler certaines de ses propri\u00e9t\u00e9s. C\u2019est ainsi que les premiers th\u00e9oriciens de l\u2019empathie semblent avoir con\u00e7u celle-ci. Il s\u2019agissait selon eux d\u2019une attitude que l\u2019on peut adopter vis-\u00e0-vis d\u2019autrui <em>comme d\u2019objets naturels<\/em> et qui repose sur une forme de simulation des propri\u00e9t\u00e9s de son objet. Les propri\u00e9t\u00e9s imposantes de l\u2019objet sublime pourraient alors faciliter et amplifier le sentiment ambivalent du sublime. Elles pourraient le faciliter s\u2019il est vrai qu\u2019en m\u2019impressionnant un objet imposant peut susciter le d\u00e9sir de m\u2019imaginer poss\u00e9dant ses propri\u00e9t\u00e9s, et ainsi, de l\u2019empathie. Elles pourraient l\u2019amplifier, car en simulant les propri\u00e9t\u00e9s d\u2019un objet imposant je pourrais, par contraste, trouver les propri\u00e9t\u00e9s qui me caract\u00e9risent, moi AB, d\u00e9risoires, mais aussi partager, par identification, la grandeur de l\u2019objet simul\u00e9. Ce plaisir m\u00eal\u00e9 de grandeur simul\u00e9e vs petitesse r\u00e9elle viendra alors s\u2019ajouter au plaisir m\u00eal\u00e9, plus essentiel au sublime selon moi, de l\u2019excentrement vs recentrement empathique<a href=\"#fn10\"><sup>10<\/sup><\/a> .<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donn\u00e9 plusieurs exemples v\u00e9g\u00e9taux, et je pense en effet que l\u2019exp\u00e9rience du sublime que je d\u00e9cris est, au moins pour nous autres habitants de ce d\u00e9but du 21e si\u00e8cle, fr\u00e9quemment une exp\u00e9rience du v\u00e9g\u00e9tal et du v\u00e9g\u00e9tal sauvage. La raison en est que les animaux ne sont pas g\u00e9n\u00e9ralement indiff\u00e9rents \u00e0 nous, et que les min\u00e9raux, m\u00eame s\u2019ils semblent bien indiff\u00e9rents \u00e0 nous le sont pour ainsi dire trivialement : ils sont indiff\u00e9rents \u00e0 tout, m\u00eame \u00e0 eux-m\u00eames. \u00c0 contrario, les v\u00e9g\u00e9taux nous semblent vivants et aucunement indiff\u00e9rents \u00e0 leur propre existence. Quand il sont sauvages, ils sont pourtant absolument indiff\u00e9rents \u00e0 nous. Je ne voudrais pas exclure cependant que le m\u00eame type d\u2019exp\u00e9rience puisse \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9 par la contemplation d\u2019objets min\u00e9raux (une falaise, un caillou, un cristal de roche) ou mixtes (une rivi\u00e8re, une montagne).<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"la-dialectique-du-retour-dulysse\">La dialectique du retour d\u2019Ulysse<\/h1>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie du sublime que je propose se distingue essentiellement de la th\u00e9orie classique par deux aspects. Tout d\u2019abord elle autorise qu\u2019un objet de petite taille ou de petite force soit sublime pour peu que son indiff\u00e9rence et sa sauvagerie soient frappantes (elle n\u2019interdit pas cependant que l\u2019\u00e9norme f\u00fbt sublime aussi). Ensuite elle explique le plaisir m\u00eal\u00e9 du sublime par ce qu\u2019on appellera, provisoirement, et faute de mieux, la dialectique de l\u2019empathie ou de l\u2019excentrement de soi dans la nature \u2014 plut\u00f4t que par la dialectique du roseau pensant. Pour le dire vite, plus on part loin de soi, plus on prend part \u00e0 des choses indiff\u00e9rentes \u00e0 nous et plus on semble petits ou nuls, et plus on s\u2019agrandit.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux \u00e9crivains, philosophes, et artistes ont d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 l\u2019existence d\u2019exp\u00e9riences m\u00e9taphysiques ambivalentes li\u00e9es (i) \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence du monde (ii) ou \u00e0 la dialectique de l\u2019excentrement de soi dans la nature. En ce qui concerne le premier point, songez, outre \u00e0 Schopenhauer, \u00e0 la tendre indiff\u00e9rence du monde ressentie par Meursault face \u00e0 la nuit \u00e9toil\u00e9e dans l\u2019<em>\u00c9tranger<\/em><a href=\"#fn11\"><sup>11<\/sup><\/a>. On retrouve un sentiment du second type dans les \u00e9crits des pionniers de l\u2019\u00e9cologie profonde comme Aldo L\u00e9opold (je pense, par exemple \u00e0 ce beau texte intitul\u00e9 <em>Un bon ch\u00eane<\/em> et qui d\u00e9crit l\u2019histoire am\u00e9ricaine du point de vue tr\u00e8s impartial, nous est-il dit, d\u2019un ch\u00eane ou encore au plus long texte <em>Penser comme une montagne<\/em>, cf. Aldo (2000) pour la traduction) ou Naess and Drengson (2008) (je pense \u00e0 son id\u00e9e d\u2019identification \u00e0 la nature et de d\u00e9veloppement d\u2019un Soi \u00e9cologique). Mais il me semble que cette dialectique du d\u00e9centrement dans la nature a des racines bien plus anciennes. Je ne serais pas \u00e9tonn\u00e9, ainsi, que l\u2019id\u00e9e sto\u00efcienne d\u2019une appropriation du cosmos par le sage, appropriation qui signifie qu\u2019on reconna\u00eet le caract\u00e8re appropri\u00e9 du monde plut\u00f4t qu\u2019on en fait une de ses possessions, soit en effet fond\u00e9e sur un sentiment de ce type (ii) (cf. Cicero (1997 III-21) et, par exemple, G\u00e9rard (2005)). Simone Weil va jusqu\u2019\u00e0 attribuer un tel sentiment aux Grecs anciens dans leur ensemble : \u00ab&nbsp;les sto\u00efciens, dit-elle, n\u2019ont, je pense, rien invent\u00e9, mais transmis seulement, en enseignant que ce monde est la patrie de l\u2019\u00e2me ; <em>elle doit apprendre \u00e0 reconna\u00eetre sa patrie dans le lieu m\u00eame de son exil<\/em>&nbsp;(Weil (1966, 171, cf. aussi 167), je souligne\u00bb<a href=\"#fn12\"><sup>12<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En relisant les textes de Simone Weil sur \u00ab&nbsp;l\u2019amour de l\u2019ordre ou de la beaut\u00e9 du monde&nbsp;\u00bb (Weil 2016), je r\u00e9alise par ailleurs que cet amour, ou plut\u00f4t le sentiment par lequel il s\u2019exprime, correspond presque trait pour trait \u00e0 ce que j\u2019ai d\u00e9crit comme l\u2019exp\u00e9rience du sublime. Simone Weil pr\u00e9tend dans ces textes qu\u2019un tel sentiment a nourri, outre la conception grecque du cosmos, celle de l\u2019Inde et de la Chine anciennes, et que, m\u00eame si elle est absente d\u2019une bonne partie de la tradition chr\u00e9tienne, on la retrouve dans la pens\u00e9e de Saint-Jean la vie de Saint-Fran\u00e7ois, certains livres de l\u2019Ancien Testament et quelques passages du nouveau (\u00ab&nbsp;le lys dans la vall\u00e9e et l\u2019oiseau dans le ciel&nbsp;\u00bb, etc.).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Se vider de sa fausse divinit\u00e9, se nier soi-m\u00eame, renoncer \u00e0 \u00eatre en imagination le centre du monde, discerner tous les points du monde comme \u00e9tant des centres au m\u00eame titre et le v\u00e9ritable centre comme \u00e9tant hors du monde, c\u2019est consentir au r\u00e8gne de la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9canique dans la mati\u00e8re et du libre choix au centre de&nbsp;\u00ab&nbsp;Ce consentement est amour. La face de cet amour tourn\u00e9e vers les personnes pensantes est charit\u00e9 du prochain&nbsp;; la face tourn\u00e9e vers la mati\u00e8re est amour de l\u2019ordre du monde, ou, ce qui est la m\u00eame chose, amour de la beaut\u00e9 du monde Weil (2016).<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9voque enfin la possibilit\u00e9&nbsp;d\u2019interpr\u00e9ter certains mythes au regard de cette dialectique de l\u2019empathie ou du d\u00e9centrement de soi dans la nature qui nous fait voir le soi comme \u00e9tranger et l\u2019agrandit paradoxalement. Elle mentionne l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Ulysse, se r\u00e9veillant \u00e0 Ithaques, mais ne la reconnaissant pas (Weil 1966, 167).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire bonne figure, nous pourrions donner un nouveau nom, plus imag\u00e9, \u00e0 cette dialectique de l\u2019empathie et du d\u00e9centrement de soi sans la nature que l\u2019on a oppos\u00e9e \u00e0 celle du roseau pensant. Nous pourrons l\u2019appeler la dialectique du retour d\u2019Ulysse.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"un-subliminuscule\">Un subliminuscule ?<\/h1>\n\n\n\n<p>Il nous reste \u00e0 consid\u00e9rer une objection importante. En d\u00e9nouant le lien entre le sublime et l\u2019\u00e9norme, et en proposant un sublime du moyennement gros ou m\u00eame du petit, n\u2019avons-nous pas simplement chang\u00e9 de sujet ? On pourrait en effet nous accorder que le concept classique du sublime d\u00e9signe une exp\u00e9rience qui, \u00e9tant donn\u00e9 ce qu\u2019est la nature, para\u00eet d\u00e9plac\u00e9e ou peu appropri\u00e9e \u2014 pas \u00e9difiante, en tous cas \u2014 mais douter que le sublime dans l\u2019air du temps par lequel je pr\u00e9tends le remplacer ait de sublime autre chose que le nom.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9ponse, il me faut souligner tout d\u2019abord que je n\u2019ai pas compl\u00e8tement sevr\u00e9 le sublime de l\u2019\u00e9norme et de ce qui nous d\u00e9passe. Comme je l\u2019ai expliqu\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience du sublime que je mets en avant peut \u00eatre facilit\u00e9e par des objets immens\u00e9ment grands ou immens\u00e9ment forts. Il n\u2019est pas forc\u00e9ment ais\u00e9, je pense, d\u2019\u00e9prouver un sentiment sublime face \u00e0 un brin d\u2019avoine sauvage, mais cela ne signifie pas que c\u2019est impossible (encore un effort, petit scarab\u00e9e !).<\/p>\n\n\n\n<p>Plus fondamentalement, ce sublime que je mets en avant reste en un sens important, et, je pense, plus profond que celui du sublime classique, un sublime de l\u2019\u00e9norme, de la disproportion, de ce qui nous d\u00e9passe et \u00e9chappe \u00e0 nos tentatives de le mesurer ou de l\u2019\u00e9valuer (sinon un sublime de l\u2019immense). Comme celle du sublime classique, l\u2019exp\u00e9rience du sublime de l\u2019indiff\u00e9rence peut en effet \u00eatre rapproch\u00e9e de ce que Margherita Archangeli et J\u00e9r\u00f4me Dokic appellent une exp\u00e9rience limite radicale : une exp\u00e9rience de ce qui d\u00e9borde presque toutes nos capacit\u00e9s cognitives et nous en fait \u00e9prouver les limites (Arcangeli and Dokic 2020). Le sublime classique met au d\u00e9fi l\u2019empan de nos sens et des capacit\u00e9s fond\u00e9es ceux-ci comme l\u2019imagination. Le sublime de l\u2019indiff\u00e9rence met au d\u00e9fi notre capacit\u00e9 \u00e0 trouver un sens \u00e0 ce qui nous entoure en le rapportant \u00e0 nous et \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats. Tous nos sens nous pr\u00e9sentent un monde spatialement centr\u00e9 sur nous et rapportent ainsi ce qu\u2019ils pr\u00e9sentent \u00e0 nous. Toutes nos \u00e9motions nous pr\u00e9sentent un monde dont les valeurs sont centr\u00e9es sur nous et se rapportent \u00e0 nous. On pourrait croire que notre pens\u00e9e abstraite, scientifique par exemple, nous permet de penser les choses en elles-m\u00eames sans les rapporter \u00e0 nous, mais l\u00e0 encore (et c\u2019est un point que Schopenhauer fut l\u2019un des premiers \u00e0 souligner) il semble que nos concepts et nos choix th\u00e9oriques refl\u00e8tent nos int\u00e9r\u00eats et rapportent ainsi, ne serait-ce, qu\u2019implicitement, les choses pens\u00e9es \u00e0 nous. Du point de vue d\u2019un arbre, au contraire, rien de ce qui peut m\u2019arriver ne semble compter. Je ne suis pas au centre et il n\u2019y a peut-\u00eatre pas de centre. Tout semble absolument neutre et d\u00e9nu\u00e9 de rapport \u00e0 moi ou \u00e0 nous. En me pr\u00eatant son point de vue, l\u2019arbre met au d\u00e9fi cette capacit\u00e9 \u00e0 rapporter les choses \u00e0 nous qui infuse mes sens, mes \u00e9motions, et m\u00eame vraisemblablement, ma pens\u00e9e abstraite.<a href=\"#fn13\"><sup>13<\/sup><\/a> Le sublime de l\u2019indiff\u00e9rence repose ainsi sur une exp\u00e9rience limite, et une exp\u00e9rience dont l\u2019objet me semble pouvoir \u00eatre dit en un certain sens <em>\u00e9norme<\/em> ou disproportionn\u00e9. On pourrait m\u00eame pr\u00e9tendre que l\u2019immens\u00e9ment grand ou l\u2019immens\u00e9ment fort du sublime classique est en quelque sorte une version fruste, maladroite, de cette \u00e9normit\u00e9 plus profonde de l\u2019indiff\u00e9rence et la disproportion, dont il trahit cependant confus\u00e9ment l\u2019intuition.<\/p>\n\n\n\n<p>Je peux me sentir d\u00e9pass\u00e9 par une personne parce qu\u2019elle para\u00eet capable de me dominer au combat. Je peux me sentir plus d\u00e9pass\u00e9 encore par une personne qui ne se soucie aucunement de moi et des miens, et dont l\u2019indiff\u00e9rence marque une forme d\u2019autonomie souveraine. Il en va de m\u00eame pour des objets naturels.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le sublime de l\u2019indiff\u00e9rence que je mets en avant partage un autre trait commun\u00e9ment attribu\u00e9 au sublime classique : il permet de r\u00e9v\u00e9ler pour ainsi dire ma grandeur d\u2019\u00e2me. Cette grandeur d\u2019\u00e2me ne consiste pas cependant \u00e0 poss\u00e9der un atout unique dans le cosmos (la raison, la libert\u00e9, la pens\u00e9e&#8230;), mais simplement \u00e0 pouvoir \u00e9prouver de l\u2019empathie jusque pour des choses absolument indiff\u00e9rentes, et ainsi s\u2019agrandir, f\u00fbt-ce de mani\u00e8re vicari\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le fait que la tradition ait admis, au moins avec Schopenhauer, l\u2019existence d\u2019un sublime de l\u2019indiff\u00e9rence sugg\u00e8re fortement que je n\u2019ai pas simplement chang\u00e9 de sujet. Parmi les exp\u00e9riences classiquement caract\u00e9ris\u00e9es comme sublimes, certaines \u00e9taient sans conteste des exp\u00e9riences correctement d\u00e9crites par la th\u00e9orie classique (des exp\u00e9riences de l\u2019immense qui d\u00e9passe nos sens et que l\u2019on d\u00e9passe par la pens\u00e9e), mais elles \u00e9taient d\u00e9plac\u00e9es, injustifi\u00e9es (comme la peur de l\u2019avion est d\u00e9plac\u00e9e lorsqu\u2019on ne court aucun risque). Je pense que d\u2019autres \u00e9taient les exp\u00e9riences d\u2019un sublime de l\u2019indiff\u00e9rence qui correspond \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 celui que j\u2019ai mis en avant. Je ne serais pas compl\u00e8tement surpris, cependant, que d\u2019autres exp\u00e9riences du second type aient \u00e9t\u00e9 incorrectement d\u00e9crites comme \u00e9tant du premier.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"conclusion\">Conclusion<\/h1>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience du sublime est une exp\u00e9rience de la nature qui nous fait prendre conscience de notre place paradoxale dans le cosmos et provoque par ce biais un plaisir ambivalent. Selon la th\u00e9orie classique, kantienne, du sublime, cette exp\u00e9rience proviendrait d\u2019une sorte de dialectique du roseau pensant nous r\u00e9v\u00e9lant la puissance de notre pens\u00e9e rationnelle ou de notre libert\u00e9. Elle n\u2019aurait pour objet que des choses \u00e9normes ou terriblement puissantes comme le ciel \u00e9toil\u00e9, les montagnes ou les ouragans. J\u2019ai pr\u00e9tendu dans cet article que la th\u00e9orie classique d\u00e9pend d\u2019une conception de la nature que nous ne pouvons pas trouver cr\u00e9dible aujourd\u2019hui (une conception, tr\u00e8s sommairement, agonistique et anthropocentr\u00e9e) et qui la discr\u00e9dite enti\u00e8rement. Il existe cependant une exp\u00e9rience du sublime qui n\u2019est pas trompeuse et qui nous aide \u00e0 nous situer correctement dans la nature. Cette exp\u00e9rience repose sur une dialectique du d\u00e9centrement de soi dans la nature, suscit\u00e9 par des objets radicalement indiff\u00e9rents aux hommes qui peuvent \u00eatre de petite taille m\u00eame s\u2019ils restent, en un sens plus profond, \u00e9normes.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai dit que l\u2019exp\u00e9rience du sublime de l\u2019indiff\u00e9rence, contrairement au sublime classique, semblait nous r\u00e9v\u00e9ler une v\u00e9rit\u00e9 concernant notre place dans le cosmos. Je n\u2019ai pas dit quelle est pr\u00e9cis\u00e9ment cette v\u00e9rit\u00e9 et je pense qu\u2019hormis le fait qu\u2019elle implique que de nombreux objets naturels sont dignes de notre empathie, et partant, autant dignes que nous d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme centraux, la r\u00e9ponse \u00e0 cette question n\u2019est pas \u00e9vidente. Je pense aussi que cette ind\u00e9cision est en r\u00e9alit\u00e9 un atout. Les penseurs de l\u2019\u00e9cologie profonde ont souvent \u00e9prouv\u00e9 le besoin d\u2019invoquer des m\u00e9taphysiques \u00e9tranges pour justifier leurs injonctions \u00e0 pr\u00e9server la nature et sa sauvagerie. Songez au holisme de Naess and Drengson (2008) qui nous attribue un \u00abSoi \u00e9cologique\u00bb aussi grand que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, ou au panpsychisme des nouveaux animistes inspir\u00e9s par l\u2019anthropologie (Harvey 2005) ou la philosophie de l\u2019esprit (Matthews 2003; Goff 2017). L\u2019exp\u00e9rience du sublime de l\u2019indiff\u00e9rence, la compr\u00e9hension de sa valeur et de la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il nous r\u00e9v\u00e8le confus\u00e9ment permet peut-\u00eatre de justifier les m\u00eames principes de pr\u00e9servation que ceux de l\u2019\u00e9cologie profonde tout en restant beaucoup plus neutre sur le plan m\u00e9taphysique et ainsi beaucoup plus ir\u00e9nique. C\u2019est du moins une piste que j\u2019aimerais explorer<a href=\"#fn14\"><sup>14<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Aldo, Leopold. 2000. \u201cAlmanach d\u2019un Comt\u00e9 Des Sables.\u201d <em>Trad. A. Gibson. Paris: Flammarion<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Arcangeli, Margherita, and J\u00e9r\u00f4me Dokic. 2020. \u201cAt the Limits : What Drives Experiences of the Sublime.\u201d <em>\u00c0 Para\u00eetre<\/em> XX (XX). XXX:XXX.<\/p>\n\n\n\n<p>Brady, Emily. 2013. <em>The Sublime in Modern Philosophy: Aesthetics, Ethics, and Nature<\/em>. Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Cicero, Marcus Tullius. 1997. <em>Le Bien et Le Mal: De Finibus, Iii<\/em>. Les belles lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cochrane, Tom. 2012. \u201cThe Emotional Experience of the Sublime.\u201d <em>Canadian Journal of Philosophy<\/em> 42 (2). Cambridge University Press:125\u201348.<\/p>\n\n\n\n<p>Currie, Gregory. 2011. \u201cEmpathy for Objects.\u201d <em>Empathy: Philosophical and Psychological Perspectives<\/em>. Oxford University Press New York, NY, 82\u201395.<\/p>\n\n\n\n<p>Dickinson, Emily. 1970. \u201cPo\u00e8mes, Trad.\u201d <em>Traduction de Guy Jean Forgue, \u00e9dition Bilingue, Paris, Aubier<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rard, Val\u00e9rie. 2005. \u201cEtre Citoyen Du Monde.\u201d <em>Tumultes<\/em>, no. 1. Editions Kim\u00e9:13\u201326.<\/p>\n\n\n\n<p>Goff, Philip. 2017. <em>Consciousness and Fundamental Reality<\/em>. OUP.<\/p>\n\n\n\n<p>Harvey, Graham. 2005. <em>Animism: Respecting the Living World<\/em>. Wakefield Press.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Is There a Need for a New, an Environmental, Ethic?<\/em> 1973. Varna.<\/p>\n\n\n\n<p>Lewis, David. 1986. <em>On the Plurality of Worlds<\/em>. Blackwell.<\/p>\n\n\n\n<p>Matthews, F. 2003. \u201cFor Love of Matter: A Contemporary Panpsychism State University of New York Press.\u201d NY.<\/p>\n\n\n\n<p>Naess, Arne. 1973. \u201cThe Shallow and the Deep, Long-Range Ecology Movement. A Summary.\u201d <em>Inquiry: An Interdisciplinary Journal of Philosophy<\/em> 16 (1-4). Taylor &amp; Francis:95\u2013100. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00201747308601682\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00201747308601682<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Naess, Arne, and Alan R Drengson. 2008. <em>Ecology of Wisdom: Writings by Arne N\u00e6ss<\/em>. Counterpoint Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Pascal, Blaise. 1976. \u201cPens\u00e9es, Ed.\u201d <em>L\u00e9on Brunschvicg (Paris: Garnier-Flammarion).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Schopenhauer, Arthur. 2003. <em>Le Monde Comme Volont\u00e9 et Comme Repr\u00e9sentation [1819], Trad<\/em>. Paris: Presses universitaires de France.<\/p>\n\n\n\n<p>Szymborska, Wislawa. 2015. <em>Map: Collected and Last Poems<\/em>. Houghton Mifflin Harcourt.<\/p>\n\n\n\n<p>Tegmark, Max. 2003. \u201cDe L\u2019univers Au Multivers.\u201d <em>Pour La Science<\/em>, no. 308. JSTOR:61\u201366.<\/p>\n\n\n\n<p>Unger, Peter. 1984. \u201cMinimizing Arbitrariness: Toward a Metaphysics of Infinitely Many Isolated Concrete Worlds.\u201d <em>Midwest Studies in Philosophy<\/em> 9 (1). Wiley Online Library:29\u201351.<\/p>\n\n\n\n<p>Weil, Simone. 1966. <em>Sur La Science<\/em>. Gallimard Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2016. <em>Attente de Dieu<\/em>. Albin Michel.<\/p>\n\n\n\n<p>Young, J. 2005. <em>Schopenhauer<\/em>. New York: Routledge.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<ol><li>Brady (2013) d\u00e9fend cette th\u00e8se en d\u00e9tail. Peut-\u00eatre \u00e9prouve-t-on aussi quelquefois un sentiment du sublime face \u00e0 des actions humaines \u2014 le silence qu\u2019Achille oppos\u00e9 \u00e0 Ulysse lors de son voyage dans les Enfers serait, par exemple, selon le pseudo-Longin parfaitement sublime. Mais il me semble que les actions humaines en question tranchent avec les actions humaines ordinaires, et frappent par leur caract\u00e8re incomparable.<a href=\"#fnref1\">\u21a9<\/a><\/li><li>Certains auteurs souhaiteraient peut-\u00eatre aussi <em>ajouter<\/em> des conditions, sp\u00e9cifiant par exemple que le sublime doit \u00eatre une exp\u00e9rience esth\u00e9tique. Je pense qu\u2019ils auraient raison, mais que comme ces conditions suppl\u00e9mentaires joueront un r\u00f4le minime ou nul par la suite, je peux les n\u00e9gliger ici.<a href=\"#fnref2\">\u21a9<\/a><\/li><li>Cette dialectique du roseau pensant est devenue une rengaine dont l\u2019une des plus belles reprises que je connaisse est due \u00e0 Emily Dickinson.\nLe Cerveau &#8211; est plus grand que le Ciel -Mettez-les c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te -L\u2019un contient l\u2019autreSans probl\u00e8me &#8211; et Vous &#8211; en plus -Le Cerveau est plus profond que la Mer -Tenez-les &#8211; Bleu pour Bleu -L\u2019un absorbe l\u2019autre -Comme l\u2019Eponge &#8211; l\u2019eau &#8211; d\u2019un Seau -Le Cerveau p\u00e8se exactement le poids de Dieu -Soupesez-les &#8211; Livre par Livre -La diff\u00e9rence &#8211; si elle existe -Est celle de la Syllabe au Son -(Dickinson 1970)\n<a href=\"#fnref3\">\u21a9<\/a><\/li><li>Sur la probabilit\u00e9 d\u2019intelligences extra-terrestres florissant sur des exoplan\u00e8tes, on se reportera \u00e0 la litt\u00e9rature sur le paradoxe de Fermi. Sur les multivers, que ce soient ceux qu\u2019invoquent la th\u00e9orie des cordes et les derniers d\u00e9veloppements de la th\u00e9orie de l\u2019inflation cosmique, ou ceux postul\u00e9s par certaines interpr\u00e9tations de la m\u00e9canique quantique, on lira par exemple Tegmark (2003) ou les \u00e9crits plus techniques du m\u00eame auteur o\u00f9 il pr\u00e9cise les conditions topologiques requises pour que nous ayons une infinit\u00e9 de contreparties dans l\u2019Univers. Sur les mondes possibles, cf. Lewis (1986; Unger 1984).<a href=\"#fnref4\">\u21a9<\/a><\/li><li>Kant parle, dans ses \u00e9crits sur le sublime, de l\u2019apparente \u00ab&nbsp;contre-finalit\u00e9\u00bb de la nature, et celle-ci doit quelque chose \u00e0 la conception agonistique de la nature : la nature parait contre-finale dans la mesure o\u00f9 nous ne pouvons pas lui assigner de buts et menace fortement, selon Kant, sinon nous-m\u00eames directement, au moins l\u2019harmonie de notre esprit, lequel doit, en quelque sorte, se d\u00e9fendre.<a href=\"#fnref5\">\u21a9<\/a><\/li><li>L\u2019\u00e9cologie profonde est ce courant de l\u2019\u00e9cologie qui reconna\u00eet \u00e0 certains objets naturels et m\u00eame \u00e0 certains objets naturels inanim\u00e9s (une montagne, une rivi\u00e8re, une falaise) une valeur intrins\u00e8que et pas seulement instrumentale. Qui reconna\u00eet, pour le dire autrement que ces choses valent en elles-m\u00eames et pas seulement en tant qu\u2019elles nous plaisent ou nous sont utiles. Ce courant de pens\u00e9e, n\u00e9 dans les ann\u00e9es soixante a \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9 philosophiquement en 1973 par le Norv\u00e9gien Naess (1973) et l\u2019Australien (<em>Is There a Need for a New, an Environmental, Ethic?<\/em> 1973), lequel invoquait explicitement l\u2019h\u00e9ritage d\u2019Aldo L\u00e9opold. Je pr\u00e9f\u00e8re d\u2019ailleurs la version Routley, plus rigoureuse et plus sobre m\u00e9taphysiquement.<a href=\"#fnref6\">\u21a9<\/a><\/li><li>Notons d\u2019ailleurs que la \u00ab&nbsp;contre-finalit\u00e9&nbsp;\u00bb kantienne \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 la note pr\u00e9c\u00e9dente peut sans doute devenir sensible dans l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019indiff\u00e9rence de la nature, autant que dans celle de sa force agonistique ou de son \u00e9normit\u00e9.<a href=\"#fnref7\">\u21a9<\/a><\/li><li>Young (2005, 116\u20138) remarque \u00e0 juste titre l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019id\u00e9e schopenhaurienne d\u2019un sublime de l\u2019indiff\u00e9rence.<a href=\"#fnref8\">\u21a9<\/a><\/li><li>Bien qu\u2019il soit utilis\u00e9 aujourd\u2019hui presque uniquement pour parler de notre rapport \u00e0 autrui, le terme empathie vient de l\u2019esth\u00e9tique philosophique o\u00f9 il \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 notre rapport \u00e0 la nature et \u00e0 certains objets. Cf. par exemple Currie (2011)<a href=\"#fnref9\">\u21a9<\/a><\/li><li>Cochrane (2012) a propos\u00e9 r\u00e9cemment une th\u00e9orie du sublime fond\u00e9e, comme celle-ci, sur l\u2019empathie, mais selon laquelle le plaisir m\u00eal\u00e9 du sublime n\u2019est pas celui de l\u2019excentrement vs recentrement, mais bien celui de la grandeur simul\u00e9e vs petitesse r\u00e9elle.\n(&#8230;) our capacity to admire sublime objects, and to sincerely value their greatness for their own sake is due to a direct psychological transmission of sublime qualities that does not rely on any sense of \u2018earning\u2019 those qualities or otherwise physically interacting with the sublime environment. On this model we imaginatively identify with the properties of the sublime object. The basic idea is that closely attending to the properties of the sublime object encourages one to subtly take on properties analogous to those perceived. To give a simple example, one looks at the mountain and takes on analogous features by standing tall and still and tensing one\u2019s muscles. (&#8230;) The attraction of such experiences should then be clear. It is pleasurable to vicariously experience the qualities of power or magnitude, the solidity of the mountain or the aloofness of the stars. (Cochrane 2012)\nBien entendu, pour d\u00e9fendre sa proposition, Cochrane (2012) ne peut pas s\u2019appuyer sur l\u2019id\u00e9e, en tension avec sa th\u00e9orie, qu\u2019il existe un sublime des petites choses. Il ne s\u2019appuie pas non plus, comme je l\u2019ai fait, sur la valeur m\u00e9taphysique et morale du sublime.<a href=\"#fnref10\">\u21a9<\/a><\/li><li>Camus conclut ainsi son court roman : Comme si cette grande col\u00e8re m\u2019avait purg\u00e9 du mal, vid\u00e9 d\u2019espoir, devant cette nuit charg\u00e9e de signes et d\u2019\u00e9toiles, je m\u2019ouvrais pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la tendre indiff\u00e9rence du monde. De l\u2019\u00e9prouver si pareil \u00e0 moi, si fraternel enfin, j\u2019ai senti que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 heureux, et que je l\u2019\u00e9tais encore. Les exemples de situations o\u00f9 l\u2019indiff\u00e9rence des choses apporte un r\u00e9confort paradoxal pourraient cependant \u00eatre multipli\u00e9s. Je lisais, ainsi hier, ce passage du <em>Livre de Sarah<\/em> de Scott MacClannahan (le narrateur d\u00e9crit l\u2019accouchement de sa femme) : Le document \u00e9tait sign\u00e9. La p\u00e9ridurale faite trop tard. La douleur du travail commen\u00e7ait. Alors que j\u2019attendais j\u2019ai pens\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je t\u2019emmerde, la douleur.&nbsp;\u00bb Et voil\u00e0 ce que la douleur a r\u00e9pondu&nbsp;: rien. Et voil\u00e0 ce que les rochers ont r\u00e9pondu&nbsp;: rien. Et voil\u00e0 ce que les rivi\u00e8res ont r\u00e9pondu&nbsp;: rien. Et voil\u00e0 ce que le ciel a r\u00e9pondu&nbsp;: rien. J\u2019ai dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis vivant&nbsp;\u00bb, et la douleur a r\u00e9pondu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cela ne m\u2019oblige en rien.&nbsp;\u00bb Et m\u00eame si la douleur n\u2019avait pas d\u2019oreilles pour entendre je voulais le dire encore une fois.<a href=\"#fnref11\">\u21a9<\/a><\/li><li>L\u2019empathie des romantiques pour la nature rel\u00e8ve, peut-\u00eatre, au-del\u00e0 du cas de Schopenhauer, de ce type de sentiment aussi, mais ma culture ne me permet malheureusement pas d\u2019en juger.<a href=\"#fnref12\">\u21a9<\/a><\/li><li>La d\u00e9finition d\u2019une exp\u00e9rience limite pour une capacit\u00e9 cognitive C par Arcangeli and Dokic (2020) contient quatre conditions: (i)) The subject exercises [cognitive capacity] C, which produces a conscious experience of an instance i* of F. (ii) C cannot produce an experience of another instance of F whose experienced value is either higher or lower than that of i*. (iii) The subject is aware of the cognitive limitation stated in (ii) thanks to her metacognitive experience of the way C is exercised in (i).. Mon exp\u00e9rience du sublime ne satisfait pas la lettre de ces conditions en ce qui concerne les sens et l\u2019imagination, car le fait de pr\u00e9senter le monde comme centr\u00e9 sur moi ne semble pas \u00eatre une quantit\u00e9 susceptible de varier. Elle est soit pr\u00e9sente, soit absente. Je pense cependant qu\u2019elle en satisfait l\u2019esprit. Par ailleurs, si C est, plus largement, notre (meta-)capacit\u00e9 cognitive \u00e0 trouver un sens, une fonction, un rapport \u00e0 moi ou \u00e0 nous aux choses, il ne me semble pas implausible que ce que j\u2019appelle l\u2019exp\u00e9rience du sublime soit limite vis-\u00e0-vis de C.<a href=\"#fnref13\">\u21a9<\/a><\/li><li>Je remercie Ana\u00efs Gailhbaud dont les \u0153uvres et les discussions ont initi\u00e9 cette r\u00e9flexion sur le sublime, Georges Guillain pour avoir pens\u00e9 \u00e0 Aldo L\u00e9opold, Thomas Vinau pour l\u2019\u00e9pigraphe, ainsi que Philippe Vellozzo pour ses remarques critiques tr\u00e8s f\u00e9condes, et enfin J\u00e9r\u00f4me Dokic, Margharita Archangeli et les participants de leur s\u00e9minaire sur le sublime et les exp\u00e9riences limites \u00e0 l\u2019EHESS.<a href=\"#fnref14\">\u21a9<\/a><\/li><\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019exp\u00e9rience du sublime est une exp\u00e9rience de la nature qui nous fait prendre conscience de notre place paradoxale dans le cosmos et provoque par ce biais un plaisir ambivalent. Selon la th\u00e9orie classique, kantienne, du sublime, cette exp\u00e9rience proviendrait d\u2019une sorte de combat de catch mental, dont on perdrait les premiers rounds en laissant la nature d\u00e9border nos sens mais que l\u2019on finirait par remporter gr\u00e2ce \u00e0 la puissance de notre pens\u00e9e rationnelle ou de notre libert\u00e9. On n\u2019aurait d\u2019exp\u00e9rience de sublime, toujours selon cette th\u00e9orie, que face \u00e0 des objets naturels dignes d\u2019\u00eatre (mentalement) combattus, des choses \u00e9normes ou terriblement puissantes comme le ciel \u00e9toil\u00e9, les montagnes ou les ouragans. Je pr\u00e9tends dans cet article que la th\u00e9orie classique d\u00e9pend d\u2019une conception de la nature que nous ne pouvons pas trouver cr\u00e9dible aujourd\u2019hui (une conception, tr\u00e8s sommairement, agonistique et anthropocentr\u00e9e) et qui la discr\u00e9dite enti\u00e8rement. Corr\u00e9lativement, elle se trompe quant \u00e0 l\u2019objet du sublime, qui peut \u00eatre une chose relativement petite comme un arbres ou m\u00eame, peut-\u00eatre, une brindille oscillant dans le vent. Je propose une th\u00e9orie alternative du sublime qui repose sur une forme d\u2019empathie pour la nature, son indiff\u00e9rence et sa sauvagerie, plut\u00f4t que sur un combat de catch contre elle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":455,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"template-simple.php","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[2],"tags":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/fomblard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cime-pour-site-Alex-2.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paQFcA-7g","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/450"}],"collection":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=450"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/450\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":468,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/450\/revisions\/468"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/455"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=450"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=450"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fomblard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=450"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}